Le colonialisme dans deux romans de Tierno Monénembo : métissage entre récit historique et mythique

by Carole De Cillia

lundi 20 octobre 2014/Catégories: Travail de candidature, Branches, Français

Afin d’éclairer la façon dont Monénembo aborde la colonisation, nous avons comparé les deux romans et analysé les divers points de vue adoptés par le romancier à l’égard de ce sujet à la fois passionnant et délicat. Les romans choisis se déroulent en Guinée
et proposent deux approches différentes : Les Ecailles du ciel, paru en 1986, évoque la colonisation et l’indépendance acquise en
1958.
L’auteur utilise le mythe comme moyen pour créer la distance nécessaire afin d’aborder le thème historique de la colonisation.
Le Roi de Kahel retrace les débuts de la colonisation du royaume des peuls, le Fouta­‐Djalon, c’est­‐à­‐dire l’actuelle Guinée.
Ce roman raconte les tentatives d’un aventurier lyonnais parti coloniser des terres inconnues à l’ère du grand partage du continent
africain par les puissances européennes, à la fin du XIXe siècle.
Notre étude a juxtaposé ces deux ouvrages portant chacun un regard différent sur la colonisation : alors que Les Ecailles du ciel
expose le point de vue du colonisé, son état d’oppression et ses difficultés d’aptation à la domination étrangère autant qu’au régime
totalitaire qui s’installe après l’accession à l’indépendance, Le Roi de Kahel dépeint l’attitude d’un individu européen qui s’embarque pour l’Afrique pour en devenir roi. Il fut particulièrement intéressant d’analyser comment un même sujet est appréhendé par deux
communautés, où les intérêts et motivations de l’une sont aux antipodes de ceux de l’autre, et de voir quel rôle le mythe joue dans
chacune. En confrontant ces deux romans, nous avons pu analyser la façon dont Monénembo représente l’époque coloniale et
quels sont les moyens mis en oeuvre pour raconter cette période historique, le tout en mettant l’accent sur le rapport que chaque ouvrage entretient aux mythes. Cette étude nous a ainsi permis de nous intéresser autant à l’historiographie, qu’à la mythographie afin de conclure que, quel que soit le point de vue adopté, les mythes traversent en filigrane les deux romans étudiés. Ils constituent
autant pour les colonisés que les colinsateurs un repère indispensable expliquant le passé, guidant les protagonistes et forgeant leur
identité. Notre analyse nous a de surcroît permis de comprendre que Monénembo a, à son tour, procédé à une écriture mythique en
attribuant aux périples de ses protagonistes ainsi qu’à la forme de ses récits des caractéristiques du mythe.

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