mardi 3 septembre 2013

Les 5 volets du développement scolaire

En réponse aux ambitions du système éducatif luxembourgeois, la réflexion du ministère se décline en cinq volets autour de l’idée d’équité et de performance : Enseigner et apprendre – Accompagner et orienter – Promouvoir les talents – Evaluer et valoriser – Piloter l’école.

  1. Enseigner et apprendre  L’approche par compétences, qui tient compte des biographies scolaires de chaque élève
  2. Accompagner et orienter : l'accompagnement personnalisé des élèves et l’aide à l’orientation
  3. Promouvoir les talents  :  la mise en valeur des potentiels des élèves et la promotion systématique des talents
  4. Evaluer et valoriser : de nouvelles pistes en matière d’évaluation
  5.  Piloter l’école : la recherche et le développement de mécanismes et de structures de pilotage des écoles >

1.    Enseigner et apprendre

Le travail en classe est la clé de voûte de l’Ecole : un « enseignement de qualité » garantit le développement systématique de compétences en relation avec les disciplines scolaires et de compétences transversales d’ordre méthodologique, social et personnel.

Franz Weinert, principal auteur de référence en la matière, définit la notion de « compétence »  comme la capacité à mobiliser et à combiner un ensemble de ressources (connaissances, habilités, attitudes,) en vue de résoudre une situation complexe appartenant à une famille de situations-problèmes. Il illustre la notion de compétence à la lumière de plusieurs objectifs représentatifs de la mission d’enseignement et d’éducation que se donne l’Ecole :

  •  l’acquisition d’une solide base de savoirs aux contenus divers et multiples couplée à la maîtrise de stratégies quant au bon usage et à l’utilisation de ces savoirs dans la pratique ;
    on se réfère ici aux « compétences disciplinaires » ;
  • le développement de compétences dépassant le cadre des disciplines scolaires qui constituent des outils d’une très grande importance pour vivre dans une société où les situations et les interactions sont complexes, difficilement prévisibles et en évolution constante ;
    on se réfère ici aux « compétences transversales » d’ordre méthodologique, social et personnel ;
  • la construction d’un système de valeurs qui s’appuie sur l’utilisation et la combinaison des connaissances et des habiletés servant d’outils pour l’action comme pour la réflexion.

C’est sur la base de ces réflexions que le ministère conçoit quatre points-clé pour le travail en classe à l’Ecole luxembourgeoise :

  • l’acquisition de compétences disciplinaires,
  • l’acquisition de compétences méthodologiques, 
  • l’acquisition de compétences sociales,
  • l’acquisition de compétences personnelles.

Il va sans dire que conformément au caractère pluridimensionnel de ces objectifs, il convient de trouver le juste équilibre entre des formes d’enseignement pilotées par l’enseignant et celles centrées sur l’élève.

1) Les compétences disciplinaires

Les compétences disciplinaires ne se réduisent pas à de pures connaissances factuelles, mais de savoirs intelligemment mis en réseau et transposables en pratique dans des situations disciplinaires et transversales. Elles se manifestent dans des contextes d’une certaine complexité et leur degré de maîtrise peut progresser tout au long du parcours scolaire et même au-delà de celui-ci.

2) Les compétences méthodologiques

Les compétences méthodologiques s’illustrent par l’aptitude à se servir de stratégies et de formes d’organisation permettant d’aborder et de résoudre un problème de façon structurée. Dans le milieu scolaire il s’agit en particulier de l’aptitude d’apprendre à apprendre.

3) Les compétences sociales

Les compétences sociales portent sur l’aptitude, mais également sur la disposition d’un individu à vivre et à cultiver des relations sociales, à en saisir et à en comprendre les ressorts, qu’il s’agisse de bonne entente ou au contraire de tension, à se comporter de façon réfléchie et responsable dans le respect et la compréhension d’autrui. Il s’agit ici avant tout de développer le sens de la responsabilité et de la solidarité sociale.

4) Les compétences personnelles

Sur le plan humain, les compétences personnelles font référence aux dispositions et à l‘aptitude des individus à l’autonomie, au sens critique, à la confiance en soi, à la fiabilité, au sens des responsabilités et du devoir, ainsi que, pour terminer, à l’attachement à des valeurs propres.

2. Accompagner et orienter

Un des objectifs principaux de l’Ecole du XXIe siècle est de faire de ses élèves des individus autonomes, formés aux exigences de l’université ou de la vie professionnelle. Le rôle de l’enseignant, quant à lui, a évolué : de transmetteur de savoirs, il devient plus que jamais accompagnateur et facilitateur d’apprentissage.

Entre autres missions, un système éducatif juste et performant se doit de porter à l’accompagnement et à l’orientation des élèves toute l’attention qu’ils méritent.

Ce deuxième volet s’articule en 4 points clés autour des thèmes suivants:

  • Promotion de la santé et du bien-être
    Une Ecole juste et performante met l’accent sur la promotion de la santé et du bien-être de tous ses acteurs, en veillant non seulement à mettre en place un cadre adéquat (alimentation, équipements), mais en intégrant également la notion de santé dans les programmes scolaires mêmes. Une Ecole efficace mettra aussi l’accent sur sa propre « santé » – en créant un terreau fertile sur lequel les acteurs pourront s’épanouir, à la fois physiquement et intellectuellement. La prévention de la violence et des addictions ainsi que l’éducation sexuelle et affective sont, en ce sens, des aspects majeurs de ce volet.
  • La vie en communauté
    L’accompagnement des élèves par les enseignants les aide à s’intégrer dans la communauté scolaire, à développer et à mettre en pratique un comportement socialement responsable et solidaire. À ce titre, l’école constitue un lieu privilégié pour apprendre à respecter l’autre dans sa différence, à accepter la pluralité et la diversité et à rejeter toute forme d’exclusion.
  • Accompagnement des élèves en difficulté
    Une des missions de l’Ecole est également de repérer les élèves en difficulté, et de leur apporter une réponse adéquate, tant sur le plan pédagogique, méthodologique que psychologique.
  • L’orientation scolaire et professionnelle
    Conseiller et orienter l’élève sur le choix pertinent d’une formation reste un des défis majeurs de l’Ecole : c’est à ce stade en effet que le jeune va commencer à tracer sa voie, professionnelle ou académique. Il est fondamental à cet égard d’apprécier ses capacités réelles, de détecter et de développer ses talents à leur juste valeur.

3. Promouvoir le talent

La promotion des talents, au sens d’une Ecole juste et performante est une composante aussi incontournable qu’inhérente d’un enseignement moderne.

Il s’agit ici de bien s‘entendre sur la notion de talent : être doué est considéré comme une disposition naturelle qui, à force d‘entraînement, se transforme en talent. Les sciences de l’éducation relativisent ainsi à raison le rôle que peut jouer un don dans le processus d’apprentissage – par opposition au talent, dont la promotion se révèle être un ressort important dans l’amélioration tangible des performances scolaires.

Il existe 4 domaines [1] et 4 niveaux différents dans lesquels peut s’exercer la promotion des talents :

  • le domaine social et émotionnel,
  • le domaine psychomoteur,
  • le domaine intellectuel,
  • le domaine artistique.

1) Détecter et identifier

Que ce soit pendant le cours, dans le cadre d’un projet pédagogique ou celui d’activités extra-scolaires, les occasions ne manquent pas de mettre les élèves en situation, et d‘observer sciemment comment s’éveillent la curiosité, l‘intérêt ou l‘enthousiasme ainsi suscités – et de voir se développer  

2) Valoriser

Une fois détecté, le talent doit être valorisé par l’enseignant. La prise en compte des différents talents des élèves – autant que faire se peut – dans la conception du cours, a un impact positif sur le travail scolaire en général. Il faudrait donc se donner les moyens d‘intégrer les talents dans les cours et dans la notation de l‘élève.

3)  S‘épanouir

Plus l’élève est conscient de sa contribution au cours en général, et du bénéfice qu’il en retire lui-même au niveau personnel et scolaire, plus il est motivé, et plus le talent peut s’épanouir. A charge pour les enseignants de créer des situations d’apprentissage assez stimulantes pour éveiller l’intérêt et la curiosité des élèves.

4) Documenter

En marge des cursus scolaires, employeurs, formateurs ou universités s‘intéressent de plus en plus au parcours personnel des postulants, à l’engagement éventuel dont ils font preuve, à leurs centres d’intérêt, leurs occupations ou leurs compétences. Il faut donc que l’Ecole aide les élèves à documenter leur parcours au sens large, plus largement que par le seul bulletin scolaire – grâce par exemple à un portfolio illustrant leurs expériences, d’où qu’elles viennent (scolaire et extra-scolaire).

4. Evaluer et valoriser

L’évaluation est au service de l’apprentissage ; les 4 points clés de ce quatrième volet se résument comme suit :

1) Détecter, différencier (pour mieux apprendre)

L’évaluation doit avant tout servir à piloter le processus d’apprentissage, dont la progression se mesure au comblement des lacunes. L’évaluation sert donc en premier lieu à faire un diagnostic ; les obstacles détectés sont autant d’occasions pour progresser. Nous sommes en présence d’une nouvelle « culture de l’erreur » qui, si elle pointe les manques, c’est pour mieux se servir des erreurs et des difficultés, qui sont autant de marqueurs à partir desquels l’élève développe de nouveaux apprentissages. Cette fonction « d‘évaluation formative » permet de différencier l’enseignement et d’adapter le rythme et les méthodes d’apprentissage aux élèves.

2) Mesurer, valider (pour certifier)

Contrairement au caractère continu de l’évaluation formative, « l’évaluation certificative » mesure les acquis (les connaissances et les compétences) des élèves à la fin d’une séquence ou d’une étape d’apprentissage. Dans les classes inférieures, elle mesure par ailleurs le niveau de compétence atteint à la fin des classes de 6e et de 5e et le confronte à des standards visés : les  socles de compétences. 

3) Valoriser (pour motiver)

Rien n’est plus motivant que le succès. Une des fonctions les plus importantes de l’évaluation sera donc de valoriser le chemin parcouru, et de ne point s’attarder uniquement sur les obstacles rencontrés. C’est en mettant en avant les forces de l‘élève qu’on l‘encourage à se dépasser et à développer un talent.

4) Connaître ses forces et ses faiblesses (pour s’orienter)

Pour amener les élèves à travailler de façon autonome, il faut les mettre en situation « d’auto-évaluation ». La connaissance de soi, de ses propres forces et faiblesses, est la condition d’un bon choix d’orientation. L’enseignant aide ses élèves à devenir conscients de ce qu’ils savent et comprennent, et il attire leur attention sur ce qui leur manque. Les accompagner, c’est s’attacher à développer leur capacité à relier ce qu’ils savent et savent faire à ce qu’ils vont apprendre. C’est aussi leur enseigner à reconnaître les ressources pouvant les aider.

5. Piloter l’école

En ce début de XXIe siècle, l’Ecole doit faire face aux multiples exigences d’une société en pleine mutation : pour être à la hauteur de ces exigences, les écoles doivent développer leur propre vision, en cohérence avec le profil de leurs élèves. Ainsi positionnées, elles développent et cultivent un climat propice à l’ensemble de la communauté scolaire, grâce au pilotage ciblé de leur école.

Les 4 points clés du pilotage des écoles sont :

  • le développement de la qualité scolaire ;
  • l’autonomie ;
  • la direction de l’école et la participation de ses partenaires ;
  • l’accompagnement externe.

1) Le développement de la qualité

La qualité de chaque école se reflète à plusieurs niveaux : climat scolaire, enseignement et travail en classe, multitude et qualité des activités pédagogiques– et des performances scolaires des élèves.

Les différents projets d’établissement mis en place depuis plusieurs années en sont autant d’exemples concrets, tout comme la formation continue des enseignants ou les innombrables projets culturels ou sociaux qui ne cessent de voir le jour. Des outils précieux de soutien au développement de la qualité scolaire au sein des écoles peuvent être le « Plan de développement scolaire » (PDS), conçu en interne, ou la « Cellule de développement scolaire » (CDS), groupe de pilotage dans lequel sont représentés à la fois les enseignants et la direction d’un même établissement.

2) L’autonomie

L‘autonomie pédagogique telle que prévue par la loi permet aux écoles de développer leur propre profil, à la mesure des particularismes propres à leur implantation ou à une population donnée. Cette autonomie peut se traduire par des mesures singulières d’accompagnement des élèves, des programmes de promotion de talents originaux, l‘engagement socio-culturel de toute une communauté scolaire, etc.

3) Direction et participation

Si la décision, la mise en œuvre et la cohérence d’une vision au sein d’une même école relève de la responsabilité de la direction, il va sans dire qu’un tel projet nécessite l’adhésion et la participation de l’ensemble de la communauté scolaire – comités d‘enseignants, d‘élèves et de parents, sans lesquels rien ne serait possible. Sans oublier que l’inclusion de l’ensemble de la communauté scolaire dans le processus de développement scolaire est une démarche qui s‘inscrit pleinement dans le processus de développement durable.

4) Accompagnement externe

Il n’est pas rare que le point de vue d’un « regard extérieur » se révèle précieux : en éclairant d’un jour nouveau les processus de développement, quels qu’ils soient, il permet souvent d’aborder le travail de réflexion ou d’évaluation sous un autre angle, par rapport à de nouveaux projets par exemple, ou par rapportau développement du profil du lycée ou de la qualité scolaire.

[1] Cf « Mesures éducatives spécifiques pour la promotion de tous les talents en Europe. Document de travail », Bruxelles, Commission Européenne, juin 2006 les talents. Créer une telle mise en situation suppose cependant de pouvoir utiliser une palette de méthodes d’enseignement et d’apprentissage aussi large que possible.